La Bibiothèque idéale de Michel Pastoureau

Après l'historien d'art Michel Laclotte et la galeriste Denise René, la troisième sélection de la "Bibliothèque idéale" du Mai a été confiée à l'historien médiéviste Michel Pastoureau. Professeur à l'Ecole pratique des Hautes Études (chaire d'histoire de la symbolique occidentale), celui-ci a étudié les formes et les couleurs au travers de multiples productions humaines. Particulièrement sensible à l'image, il a bien voulu nous transmettre sa vision du livre d'art.

Pour moi, un livre d'art c'est d'abord un livre qui touche, de près ou de loin, à l'histoire de l'art et aux questions qui s'y rattachent.

Historien, enseignant et chercheur, je connais les difficultés que rencontrent les étudiants et les jeunes chercheurs pour accéder aux images et à la documentation figurée, pour publier les résultats de leurs travaux avec un peu d'iconographie, voire, tout simplement, pour introduire trois misérables photographies dans un mémoire de maîtrise. Les obstacles sont innombrables et de plus en plus insurmontables : matériels, financiers, institutionnels, juridiques. Malgré des progrès techniques de toutes sortes, il est aujourd'hui plus difficile de travailler sur l'art et les images que lorsque j'étais moi-même étudiant, il y a une trentaine d'années.

Par là même, je suis horrifié par les "mauvais livres" publiés avec un luxe iconographique auquel le monde de la recherche n'a jamais droit. J'entends ici par " mauvais livres " ceux dont la qualité du texte est très inférieure à celles des images. Ils sont malheureusement nombreux. J'ai une aversion particulière pour les livres portant sur un sujet précis et dont le texte n'a pas été écrit par un spécialiste mais par une " grande plume " un " nom " célèbre, en général quelqu'un qui s'est fait connaître dans un tout autre domaine, parfois une vedette des médias ou de la politique.

Je n'aime guère non plus les trop beaux livres ou les livres trop tapageurs, ceux qui ne sont pas faits pour êtres lus mais seulement feuilletés ou montrés, voire exhibés. D'un prix inaccessible, en général inintéressants par le sujet, on se demande à quoi servent de tels ouvrages, dits " de prestige ". Le plus douloureux est que la consultation de ces livres pourrait dans certains cas (ainsi celui des luxueux fac-similés de manuscrits médiévaux) rendre d'importants services aux chercheurs.

C'est pourquoi je préfère souvent les ouvrages collectifs et les catalogues d'exposition. Ils sont relativement nombreux sur ma liste. Ici, peu de luxe, pas de frime ni d'inutile signature prestigieuse. L'information est solide, utile pour la communauté scientifique comme pour le grand public ; en outre elle ne se périmera que lentement. Les catalogues d'exposition restent en effet pendant plusieurs décennies des instruments de travail et des mines d'informations. Beaucoup mériteraient d'être réimprimés.

Tout cela ne m'empêche pas d'aimer les " beaux " livres, c'est-à-dire ceux qui sont le produit d'un travail bien fait. Qualité du texte et des images d'un côté, qualité de la typographie et de l'impression de l'autre. Mes débuts professionnels dans le monde des bibliothèques m'ont conduit à établir des relations suivies avec le monde de l'imprimerie. Je reste très sensible à tout ce qui touche au papier, à la maquette, à la typographie, à la couverture. Je m'emporte parfois contre certaines innovations qui rendent la lecture difficile (caractères trop petits ou de fantaisie, abus des petites capitales, pas de retrait en début de paragraphe, etc). Le texte de tout livre, y compris le livre d'art, est fait pour être lu. Certains maquettistes l'oublient parfois.

Enfin, ma sélection reflète nécessairement mes curiosités et mes goûts personnels : intérêt plus marqué pour le Moyen Age que pour toute autre époque ; attention particulière portée à l'iconographie et aux arts du livre ; admiration pour certains peintres, célébrissimes (Vermeer) ou moins connus (Hammershoi) : sensibilité à tout ce qui touche aux problèmes de la couleur.

Préhistoire et Antiquité

Moyen Âge

Renaissance et temps modernes

XIXe siècle

Arts contemporains

Cultures non européennes et varia

Quelques suggestions de réimpression aux éditeurs

En remerciements, dans l'œuvre abondante de Michel Pastoureau, on citera :